Nous sommes en période d'élection. Notre voisin est aussi en période d'élection. Ici et maintenant, les sondages font peur aux écolos québécois: on donne Harper gagnant partout. Harper a fait de bonnes choses dans son dernier mandat, dont les allocations familiales majorées, et autres politiques familiales. Il a fait aussi des choses épouvantables, dont remettre en cause les droits homosexuels, le droit à l'avortement et aussi promouvoir les exploitations pétrolières canadiennes à outrance. Cela est inadmissible. Et le fait que les Canadiens ont envie (en majorité, jusqu'à date, selon les sondages) de renouveler le contrat d'un homme qui considère la vie et la santé de tous secondaires aux profits me fait peur. Cela me terrifie, en fait. Et je ne suis pas la seule.
Bien sûr, cela est dit et redit sur tout les tons depuis des années, le paysage politique ne donne guère le choix. Entre un clone de Bush, un homme peu charismatique qui représente un parti entaché par un gros scandale, un séparatiste qui n'a aucune chance d'être élu pour vrai et quelques joueurs qui ont de belles idées mais un électorat faible, on a envie de passer outre et de sécher le vote. Mais ne pas voter, c'est laisser les autres décider de notre avenir, c'est donner aux gros joueurs le message qu'ils peuvent bien faire ce qu'ils veulent, on s'en fiche. Et en tant que femme et féministe moderne (il y a équivalence, oui, mais pas égalité), pour moi, ne pas voter c'est aussi cracher au visage de ces femmes qui ont vécu les pires horreurs pour nous permettre de voter, mais ça c'est un autre débat.
Cela dit, personnellement, mon vote ira à Dion.
D'abord, voter pour tout parti qui est de droite me hérisse les poils. Ce n'est pas une surprise, la course effrénée à l'argent, aux possessions, au confort individuel, je trouve ça dégueulasse. Que vaut mon propre confort quand des enfants meurent d'allergies et de maladies liées à la pollution, au manque de suivi médical, à la malnutrition? Que vaut mon argent quand des femmes perdent leurs bébés à cause, directement ou indirectement, d'un manque d'argent? Car cela arrive, au Canada, encore trop souvent. Venant moi-même d'un milieux pauvre, quoi que aillant personnellement été plutôt favorisée par rapport à mes voisins, je suis peut-être plus sensible à cela que les gens qui n'ont eu de contact avec la misère que les fois ou ils ont entrevu Vision Mondiale à la télé en zappant.
Ensuite, le scandale des commandites fut, il est vrai, un évènement épouvantable. Nous avons perdu plus que l'argent des contribuables dans ce scandale, nous avons surtout perdu notre indépendance. Et même si les coupables sont nommés, les sentences données et les pertes d'argent identifiées, personne n'a mentionné la possibilité d'envisager de donner aux Québécois ce qu'ils ont voulu et exprimé, et qui fut dissimulé dans le tourbillon des informations: notre indépendance. Cela dit, c'est du passé. C'était un autre dirigeant au parti, c'était une grossière erreur, dont nous avons appris. Cela ne se reproduira plus. Il ne faut pas oublier, mais le pardon est possible.
De plus, ce Dion est un homme qui manque peut-être de charisme (c'est la rumeur qui courre, je ne suis pas d'accord), mais qui a une vraie tête sur les épaules: en Nouvelle-Écosse, son parti a décidé de ne pas présenter de candidat afin de faciliter l'entrée d'Elizabeth May (chef du Parti Vert) au Parlement (source: L'Actualité, Octobre 2008). De l'entraide entre les partis, au profit d'une idéologie aussi noble, mérite d'être encouragée.
Alors pourquoi ne pas voter directement pour le Parti Vert? Le parti a de bonnes idées, mais il est encore trop jeune à mon avis. Il doit rester vivant, mais il doit aussi prendre des galons. C'est sûrement limité comme jugement, mais c'est comme ça que je le sens. Mon but premier est de favoriser l'écologie. Je crois que le Parti Libéral, fort de ses erreurs passées, de sa collaboration avec le Parti Vert et de son nouveau chef écolo, fera une meilleur job, sur ce point de vue, sans négliger les autres aspects politiques, comme l'économie, la culture et le reste. Vouloir l'écologie pure et dure c'est beau, mais c'est utopique. Personne n'est près à changer radicalement de style de vie pour passer de consommateur à grano. Ces choses là doivent se faire graduellement, pour ne pas que la société se casse la figure.
La souveraineté, dans tout ça? Si, d'aventure, un référendum était proposé demain matin, je voterais pour le oui, sans l'ombre d'un doute. Un pays est un endroit distinct au niveau culturel, historique et littéraire. Nous sommes distincts du reste du Canada, nous méritons d'être libres, sans pour autant détester les anglophones, mais en collaborant. Actuellement, nous sommes méprisés, individuellement et collectivement, par les "anglo". Libres, nous sauront d'avantage nous faire respecter. Un individu ne tolérerait pas le mépris, nous ne devrions pas laisser notre collectivité le tolérer. Mais je ne crois pas que la souveraineté doive être un sujet de débat au niveau fédéral. D'abord, c'est vain: ils sont plus nombreux que nous. Ensuite, ça nous concerne nous, Québécois, nous devons laver notre linge sale en famille, c'est évident.
En tout cas, d'après les sondages, il semble acquis que nous aurons quand même un gouvernement conservateur. La question est: dans quelle mesure pouvons-nous limiter les dégâts? Nous pouvons nous organiser du mieux que nous pouvons, en votant en grand nombre contre le gouvernement Harper afin qu'il soit encore une fois minoritaire et que ses mauvais coups soient contrebalancés par de bons coups, comme pour le dernier mandat. Nous pouvons aussi souhaiter de tout notre coeur que les États-Unis choisissent un Président démocrate, ce qui enlèvera de la puissance à Harper. Et nous pouvons aussi continuer à voter à tous les jours, en achetant, soit bio, soit équitable, toujours de façon réfléchie et responsable. Nos petits gestes de tous les jours, accumulés et compilés, envoient à nos dirigeants un message clair: l'environnement nous préoccupe, il doit aussi vous préoccuper. Faites quelque chose. Peu importe vos valeurs, vous ne pouvez plus ignorer cela: la vie humaine et globale est en jeu.